Un parc dans la ville

Un lieu en marge de la ville :

Création et aménagement du parc des Champs-de-Bataille :

Biographies :

Patrimoine bâti :


Un lieu en marge de la ville

Aujourd’hui lieu de rassemblement et de commémoration, de fête comme de détente, les plaines d’Abraham possèdent un côté plus sombre à leur histoire. Plusieurs y ont trouvé la mort, certains glorieusement comme les militaires des batailles de 1759 et de 1760 tombés au combat, mais d’autres de façon beaucoup plus infâme. Le Plaines ont en effet été le lieu d’exécution de plusieurs condamnés. De même, ce site en marge de la ville s’avérait être un lieu de prédilection pour mener des activités immorales, voire illicites, comme la prostitution.

Exécutions

De 1763 à 1810, une dizaine de condamnés pour meurtre ou pour vol ont été pendus sur les hauteurs de Québec, généralement sur les Buttes-à-Nepveu, secteur où se trouvent actuellement les tours Martello et le jardin Jeanne-d’Arc. Une des exécutions les plus célèbres est certainement celle de Marie-Josephte Corriveau, mieux connue sous le nom de «la Corriveau», reconnue coupable du meurtre de son mari. Elle est pendue sur les Buttes-à-Nepveu le 18 avril 1763. Ses restes sont exposés pendant une quarantaine de jours dans une cage à la Pointe Lévy où les passants venant de la Côte-du-Sud peuvent les apercevoir. Cette histoire a inspiré de nombreuses légendes depuis plus de deux siècles .

La Corriveau

La Corriveau.

Source : Bronze d’Alfred Laliberté, Musée national des beaux-arts de Québec.

Le 7 juillet 1797, la foule est nombreuse à assister à l’exécution de David McLane, reconnu coupable de haute trahison. La potence est érigée «sur les Glacis, en dehors des murs de la ville ». McLane est condamné à:

[…] être pendu par le col, mais non jusqu’à ce que mort s’ensuive. Vous devez être ouvert en vie, et vos entrailles seront arrachées et brûlées sous vos yeux; alors que votre tête sera séparé de votre corps, qui doit être divisé en quatre parties; et votre tête ainsi que vos membres seront à la disposition du Roi .

Heureusement pour le condamné, il semble qu’on lui ait coupé la tête avant de lui arracher les entrailles . D’autres sont encore plus chanceux et sont graciés au pied de la potence, comme Alexander Webb le 15 juin 1784 .

Entre 1867 et 1937, plus d’une dizaine de condamnés sont pendus à la prison de Québec sur les Plaines. Environ 3000 personnes se rassemblent le 10 janvier 1879 pour assister à la première exécution, celle de Michael Farrell, condamné pour meurtre. L’échafaud est dressé dans la cour et le spectacle est réservé à un petit nombre de témoins: journalistes, étudiants en médecine, familles, etc. La foule doit se masser autour de la prison pour tenter d’apercevoir la scène. Un pavillon noir est hissé à un mât lorsque la sentence est exécutée.

La scène est similaire pour les exécutions suivantes. Une deuxième pendaison a lieu en 1890: celle de Nathaniel Randolph Dubois, condamné pour un quadruple meurtre. Le 6 juillet 1900, une troisième émeut les spectateurs. Cette fois-ci, on a placardé la potence sur deux côtés pour empêcher les curieux rassemblés aux alentours d’apercevoir le pendu. Ceux qui assistent à la pendaison de David Dubé condamné pour meurtre sont atterrés de voir que celui-ci est apparemment mal pendu et qu’il agonise pendant 11 minutes. La dernière exécution à la prison de Québec a lieu le 9 juillet 1937 .

Prostitution et vagabondage

Comme d’autres parcs urbains dans le monde, les Plaines ne servent pas que de lieu de détente pour les gens de la haute société. Durant la plus grande partie du 19e siècle, des marginaux de toutes sortes se réfugient parfois en grand nombre sur ces terrains vagues. En 1801, on évalue à 500 ou 600 le nombre de prostituées en ville . En 1833, on se plaint au gouverneur général que des ivrognes et des «femmes de mauvaise vie» s’y adonnent à la débauche «la plus effrénée» . Au milieu du 19e siècle, on trouve plusieurs bordels aux abords des plaines d’Abraham, près de l’endroit où sera construite la prison en 1867. Cette année-là, l’hôtel Wolfe est réputé être une maison de prostitution . Dans le seul quartier Saint-Jean-Baptiste, voisin des Plaines, on en trouve une quinzaine . Les matelots y affluent, après avoir traversé les Plaines par les sentiers et les escaliers .

Les principaux clients des filles de joie, des tavernes et des maisons de jeux sont les nombreux soldats et matelots en poste à Québec. Les maladies vénériennes sont responsables d’un tiers des décès de l’armée anglaise au milieu du 19e siècle. Après le déclin du port au milieu du siècle et le départ de la garnison britannique en 1871, les prostituées sont plus proactives dans leur sollicitation, tellement que les militaires sont parfois dérangés durant leurs manœuvres sur l’esplanade.

Les plaines d’Abraham sont aussi le rendez-vous des malfrats de Québec. Déjà en 1806, les Ursulines se plaignent des délinquants qui causent des dommages à leur propriété. Dans les années 1830, les résidants protestent à quelques reprises contre des activités répréhensibles qui ont lieu sur les Plaines. En 1837, on considère que:

Les plaines d’Abraham et les bois environnants, particulièrement celui de Carouge [Cap-Rouge], sont le rendez-vous ordinaire d’une classe [industrielle], qui trouve plus commode de ne point travailler et de vivre sur le bien commun; […] Tous les printemps, quand les prisons se vident, et que la navigation jette sur nos bords ses flots de populations diverses, ce troupeau infecté se répand dans les champs et se grossit chaque jour d’habitués de prisons, de matelots mécontents, d’aventuriers, de fénéants [sic] et de débauchés .

Dans les années 1830, une bande de brigands, sous les ordres de Charles Chambers, sévit dans la villede Québec. Elle se spécialise dans les vols de toutes sortes, du plus petit cambriolage au vol de billots dans les anses autour de la ville. En plus de se réfugier sur les plaines d’Abraham, la bande y trouve un lieu de recrutement privilégié . Reconnu coupable de vol en 1837, Charles Chambers est finalement déporté en Australie.

Bien qu’avec moins de vigueur, ces débordements se poursuivent encore au 20e siècle, en dépit de l’organisation du service de police. Après la création du parc, l’ordre est maintenu sur les Plaines par la police municipale (jusqu’en 1948) et par la Commission des champs de batailles nationaux. En 1913, la Commission engage quatre constables spéciaux. Tout au long du 20e siècle, la plupart des méfaits sont en rapport avec la sécurité routière, mais un grand nombre d’interventions de la police sont encore en lien avec des conduites «immorales». Par exemple, en 1942, 392 personnes sont expulsées pour ces raisons . Quelques années plus tard, en mai 1948, la GRC (Gendarmerie Royale du Canada) dépêche cinq à six policiers pour maintenir l’ordre sur les Plaines. En 1953, 1159 couples ont été interpelés pour conduite «inappropriée» . Depuis, des efforts considérables ont été consentis pour faire des Plaines l’un des parcs les plus sécuritaires du pays.


Donald Guay, «Culture, sports et divertissements, 1800-1900», dans Jacques Mathieu et Eugen Kedl dir., Les plaines d’Abraham: le culte de l’idéal, Sillery, Septentrion, 1993, p. 170.

«Québec, mercredi 16 juillet», Gazette, 27 juillet 1797, p. 3.

Cité par Donald Guay, «Culture, sports et divertissements, 1800-1900», p. 168.

«Québec, mercredi 16 juillet», Gazette, 27 juillet 1797, p. 3.

Donald Guay, «Culture, sports et divertissements, 1800-1900», p. 168.

Lorraine Gadoury et Antonio Lechasseur, Les condamnés/es à la peine de mort au Canada, 1867-1976: un répertoire des dossiers individuels conservés dans le fonds du ministère de la Justice. Division des archives gouvernementales, Archives nationales du Canada. [1994].

John Hare, «La population de la ville de Québec, 1795-1805», Histoire sociale, vol 7, no. 23 (mai 1974):35.

Donald Guay, «Culture, sports et divertissements, 1800-1900», p. 171.

Donald Guay, «Culture, sports et divertissements, 1800-1900», p. 171.

François Boulianne, La répression de la prostitution à Québec : discours, institutions et application, 1850-1870, Québec, Universtié Laval, [Mémoire de maîtrise à être déposé].

John Hare, Marc Lafrance et David-Thierry Ruddel, Histoire de la ville de Québec, Montréal, Boréal/Musée canadien des civilisations, 1987, p. 208.

F.-R. Angers, Les révélations du Crimes ou Cambray et ses complices, Québec, Fréchette et cie, 1837, p. 30-31.

F.R. Angers, Les révélations du Crimes,  p. 10.

Archives de la Commission des champs de bataille nationaux, procès-verbaux du conseil d’administration du 5 novembre 1942.

Archives de la Commission des champs de bataille nationaux, procès-verbaux du conseil d’administration procès-verbaux de 23 novembre 1953.


Création et aménagement du parc des Champs-de-Bataille

Joyaux de la ville de Québec, le parc des Champs-de-Bataille fête son 100e anniversaire en 2008. Créé dans le contexte des célébrations du tricentenaire, le parc visait à l’origine à offrir à ses résidents et à ses visiteurs un espace vert en plein cœur de la ville, de même qu’à préserver et à commémorer le lieu des batailles de 1759 et de 1760 entre Français et Britanniques.

Les plaines d’Abraham : un espace à protéger

Québec, capitale politique et administrative de la colonie, constitue également un pôle économique très important au 19e siècle. Les tarifs préférentiels sur les importations provenant des colonies nord-américaines, décrétés par Londres en 1795, de même que le blocus continental imposé par la France en 1806 ont accentué les rapports commerciaux entre la métropole et le Canada. Attirés par cette vitalité économique, de nombreux immigrants, parmi lesquels on dénombre une forte proportion d’Irlandais, s’installent dans la capitale. La population croît très rapidement, ce qui crée de fortes pressions sur le développement urbain. En Haute-Ville, cela se traduit par une volonté d’occuper, voir de lotir certains terrains vacants. On pense notamment aux plaines d’Abraham.

Au 19e siècle, la ville est de plus en plus marquée par une stratification sociale. D’une part, les ouvriers, les artisans et les journaliers occupent principalement les faubourgs de la Basse-Ville de même que certains quartiers du promontoire de Québec; d’autre part, les riches marchands, les administrateurs et les officiers militaires préfèrent les charmes et les splendeurs qu’offrent les terrains le long de la Grande-Allée et au haut de la falaise. La popularité de ce dernier secteur a pour effet de mettre de plus en plus de pression pour lotir les espaces libres, d’autant plus que ce qui avait été depuis longtemps un frein au développement urbain, c’est-à-dire la présence militaire, va bientôt disparaître. 

Le départ des troupes britanniques de Québec en 1871 marque en quelque sorte la fin de l’emprise foncière de l’armée sur des espaces convoités. Depuis longtemps, les autorités militaires s’étaient efforcées pour des raisons stratégiques de conserver le contrôle des terrains près des fortifications et ainsi freiner le développement urbain près de ses ouvrages défensifs. L’armée contrôlait les Cove Fields de même qu’elle louait des Ursulines les plaines d’Abraham, c’est-à-dire à cette époque les terrains situés entre l’actuel Musée national des beaux-arts de Québec et le domaine Marchmount (aujourd’hui Mérici).

Cove Fields

Carte montrant l’emplacement des Cove Fields.

Source : Plan of the City of Quebec and Environs, 1891, BAC.

Le relâchement de la fonction défensive de Québec attise donc la convoitise. Certains promoteurs projettent déjà en 1876 de lotir tout le terrain qui s’étire au pied de la citadelle . L’attrait pour le secteur de la Grande Allée s’accentue également avec la construction du parlement entre 1877 et 1886. Enfin, le bail qui lie l’armée, puis après 1871, le gouvernement fédéral, aux Ursulines se termine en 1902. Comme celles-ci projettent de lotir leur terrain, des voix s’élèvent pour réclamer la conservation de ce site. Et l’une des idées proposées est de créer un parc public.

À l’instar de nombreuses villes européennes qui ouvrent les jardins royaux à leurs citoyens de même qu’à certaines villes américaines qui aménagent des espaces verts pour leurs résidants, Québec désire se doter d’un parc public qui jouerait en quelque sorte le rôle de poumon de la ville. Les parcs urbains sont très en vogue au 19e siècle et Québec n’échappe pas à ce mouvement destiné à mettre la nature à portée des citadins. Parallèlement, les terrains encore libres aux portes de la ville possèdent également une valeur historique importante. Théâtre des batailles des plaines d’Abraham (1759) et de Sainte-Foy (1760), ils constituent des lieux de mémoire à sauvegarder.

Si l’idée de créer un parc sur le site des plaines d’Abraham n’est pas nouvelle à la fin du 19e siècle, elle progresse néanmoins très rapidement dans l’opinion populaire à cette époque. Des citoyens se mobilisent et font des représentations auprès des autorités. La Literary and Historical Society of Quebec lance également une campagne de sauvegarde. Ces pressions portent fruits le 20 septembre 1901 lorsqu’après de longues négociations le gouvernement fédéral consent à acheter les plaines d’Abraham des Ursulines pour une somme de 80000$ (territoire qui se limitait à cette époque au terrain situé entre l’actuel Musée national des beaux-arts du Québec et le domaine Mérici) pour ensuite le léguer le même jour à la ville de Québec par bail emphytéotique. En plus de ce montant, les Ursulines reçoivent la propriété de Marchmount (Mérici) et exigent que le terrain soit transformé en parc public. Il ne reste plus maintenant qu’à le créer. Et si les travaux et les aménagements sont plutôt modestes durant les premières années – seuls quelques arbres sont plantés et quelques allées sont tracées – un événement viendra tout changer: les fêtes du tricentenaire de Québec. 

Les fêtes du tricentenaire de Québec et la création du parc des Champs-de-Bataille

À l’aube des fêtes du tricentenaire, certains notables de la ville de Québec désirent célébrer cet anniversaire de façon grandiose. L’un des premiers à s’y intéresser est sans doute l’avocat et greffier de la ville Honoré-Julien-Jean-Baptiste Chouinard. Dès la fin de l’année 1904, celui-ci rédige un article dans le numéro-souvenir de Noël du Quebec Daily Telegraph dans lequel il expose les raisons pour lesquelles tous les Canadiens, peu importe leur origine ou la patrie de leurs ancêtres, doivent se sentir interpelés par cet événement. Il fait également quelques suggestions pour les fêtes: reconstruire les portes de la ville, aménager des terrasses, des esplanades et des belvédères, restaurer les fortifications, construire un musée d’histoire, créer des parcs, etc.

Malgré ses efforts, son projet n’aura d’échos que 15 mois plus tard, soit au mois de mars 1906. Chouinard réussi en effet à capter l’attention de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) dont il est un membre très actif. Devant le conseil exécutif de la société, il plaide l’urgence d’agir. Selon lui, l’initiative d’organiser des fêtes commémoratives en l’honneur du trois centième anniversaire de Québec incombe naturellement à l’organisme qui représente la nation canadienne. Or, bien que la SSJB accepte les arguments, elle ne dispose pas, seule, des ressources nécessaires à l’organisation d’un tel événement. Il est donc décidé que la société prenne l’initiative du projet, mais que celui-ci doit revêtir un caractère «canadien» au sens large du terme et non seulement canadien-français afin qu’un autre organisme et/ou une autre institution puisse recueillir des appuis, notamment financiers, provenant de l’ensemble du pays .    

La SSJB lance donc la balle dans le camp de l’administration municipale de Québec. George Garneau, maire de la ville depuis février 1906, met rapidement sur pied un comité du tricentenaire, qui entend la proposition de Chouinard le 14 mai de la même année. Ce dernier, probablement stimulé par l’enthousiasme de son entourage, y va d’un projet assez détaillé et surtout très ambitieux: réfection des infrastructures, commémoration de la fondation de 1608 (ralliement de navires de guerre dans le port, reconstitution de l’Abitation de Champlain, personnages en costumes d’époque, etc.), reconstitutions et processions historiques relatant divers événements et/ou personnages (premiers colons, coureurs des bois, soldats des régiments français et anglais de 1759-1760, etc.). Il est clair aux yeux du maire et de son équipe qu’un tel projet dépassera le million de dollars et que tous les paliers de gouvernement, fédéral, provincial et municipal, devront y contribuer.

Les autorités municipales, avec le maire Garneau en tête, voient dans les fêtes du tricentenaire un excellent prétexte pour améliorer les infrastructures de la ville et pour stimuler son économie. Elles appuieront donc sans réserve le plan de Chouinard et se mettront sans tarder au travail. Six comités seront chargés de préciser certains aspects du projet. L’un d’eux aura comme mandat de prodiguer des conseils sur l’objet et la nature des célébrations. Il s’agit de la Commission d’histoire et d’archéologie composée d’experts en histoire, c’est-à-dire le juge François Langelier, le sous-ministre des Terres et Forêts et architecte renommé Eugène Taché, ainsi que le colonel William Wood, spécialiste de la guerre de Sept Ans et ancien président de la Literary and Historical Society of Quebec. Les commissaires, qui déposent leur rapport en 1907, exhortent les autorités municipales à intervenir pour embellir la ville de même que pour conserver et mettre en valeur ses attraits historiques. Ils recommandent notamment de créer un parc qui s’étendrait des murs de la citadelle jusqu’à la propriété des Ursulines (domaine Mérici) et qui rejoindrait le monument des Braves sur le chemin Sainte-Foy. Ils proposent également de construire une promenade qui relierait ce monument à la ville de Québec le long du coteau Sainte-Geneviève.

Parallèlement aux travaux des comités, Garneau et son équipe commencent leur lobbying auprès du premier ministre libéral et également député de Québec-Est, Sir Wilfrid Laurier. Celui-ci, à la tête du pays depuis 1896, subit depuis son arrivée au pouvoir les pressions des impérialistes anglophones d’une part et des nationalistes anti-impérialistes du Québec de l’autre. Il devait conséquemment être prudent et soigner les apparences sachant que plusieurs impérialistes jugeaient que sa province avait déjà reçu beaucoup de l’État fédéral. C’est donc dans ce contexte de tension entre impérialistes et nationalistes que Garneau devra manœuvrer. Et il le comprend très bien. La première délégation venue rencontrer le premier ministre en juin 1906 est biculturelle et biconfessionnelle. Celle-ci compte, outre le maire Garneau, le recteur de l’église anglicane St. Matthew’s, un représentant de la Literary and Historical Society of Quebec ainsi que Chouinard, à titre de secrétaire.

Sir Wilfrid Laurier

Le très honorable Sir Wilfrid Laurier, Premier ministre du Canada de 1896 à 1911.

Source : Photo de James William Topley, 1906, BAC.

Un autre acteur important contribue également à promouvoir l’importance des fêtes du tricentenaire: le gouverneur général du Canada, lord Grey. Ardent promoteur de la création d’un parc commémoratif, il veut honorer la mémoire des combattants britanniques et français de 1759 et 1760. Son projet ressemble en certains points aux recommandations de la Commission d’histoire et d’archéologie. Grey va toutefois plus loin: il désire ériger l’Ange de la paix , une statue colossale qui dépasserait de 30 centimètres la statue de la Liberté. Il projette également que les édifices qui nuisent à la création du parc (observatoire, prison, armurerie) soient détruits. Pour y parvenir, il tente d’amasser les fonds nécessaire au financement de ce rêve. Son objectifest d’amasser près de deux millions de dollars .

Les négociations entre la ville de Québec et le gouvernement fédéral aboutissent finalement en avril 1907 lorsque Laurier s’engage à ce que son gouvernement contribue aux fêtes du tricentenaire par un montant de 300000$ à condition que celles-ci soient placées sous l’autorité d’une commission fédérale et que la province de Québec consente également à financer les célébrations de façon importante. Cette implication du gouvernement du Québec se chiffrera à 100000$, mais servira, en définitive, à l’acquisition et à l’aménagement du parc des Champs-de-Bataille . Il en sera de même des sommes offertes par les autres provinces. Ces contributions,  fruits des efforts de Lord Grey qui avait compris que les gouvernements de Laurier (fédéral), de Gouin (provincial) et de Garneau (municipal) ne pouvaient à eux-seuls financer ses ambitions, s’élevaient de 2 500$ à 10000$, exception faite de l’Ontario. Cette dernière, à l’instar du Québec, accepte de verser un montant de 100 000$.

Au printemps 1907, les dés semblent être jetés pour les célébrations du tricentenaire. Or, à cause de contraintes diverses de la part de Laurier, les dispositions législatives nécessaires pour officialiser le tout devront attendre au début de l’année 1908. Conséquemment, le Premier ministre du Canada suggère que les fêtes se déroulent en 1909 en même temps que l’inauguration prévue du pont de Québec. Le maire et son conseil exécutif acceptent cette proposition.

Un événement vient toutefois chambarder les plans. Le 29 août 1907, le pont de Québec s’effondre. Dans la ville, c’est la consternation. La tragédie démoralise également profondément Laurier qui envisage de reporter les fêtes du tricentenaire. Les festivités et l’inauguration du pont étaient si intimement liées qu’à son avis l’un ne pouvait aller sans l’autre. Cette volte-face heurte de plein fouet Garneau qui réagit en rappelant au premier ministre le coût politique qu’il risquerait d’encaisser s’il annulait l’événement. Parallèlement, Grey met aussi de la pression. Il tente de convaincre Laurier d’annoncer publiquement la campagne de financement qu’il s’apprête à entreprendre à travers tout l’Empire britannique. Il plaide également pour que les festivités reviennent à l’idée d’origine, c’est-à-dire qu’elles aient lieu à la date anniversaire de la fondation de Québec, soit en 1908.

Finalement, face aux pressions de Garneau et de Grey, de nationalistes comme d’impérialistes, Laurier cède. Il respectera ses engagements financiers et acceptera de déposer en chambre un projet de loi visant à créer la commission qui prendra en charge l’organisation des fêtes du tricentenaire.

C’est finalement le 3 mars 1908 qu’est déposée la loi créant la Commission des champs de bataille nationaux. Après de courts débats, celle-ci sera sanctionnée le 17 du même mois . La composition de la Commission reflète la volonté de Laurier de se protéger politiquement. Il nomme d’abord George Garneau comme président, choix naturel dû à l’implication de ce dernier dans le projet du tricentenaire. Le Premier ministre choisit ensuite les commissaires de façon stratégique: un nationaliste et un financier du Québec; un impérialiste et un autre financier de l’Ontario. Respectivement, il s’agit : d’Adélard Turgeon, nouveau président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec; de George Drummond, issu du milieu financier de Montréal; du colonel George T. Denison, avocat, officier de milice et magistrat de police à Toronto; et enfin d’Edmund Walker, président de la Banque de commerce canadienne. La loi stipule également  que les provinces qui donneront de généreuses contributions pourront se faire représenter par un commissaire. Dans les faits, seules les provinces de Québec et de l’Ontario, qui offrent chacune une somme de 100000$, pourront se prévaloir de ce droit. Le don de cette dernière est d’ailleurs à l’origine du nom de l’une des plus belles avenues du parc: l’avenue Ontario.

En créant la Commission, l’objectif est double: organiser les fêtes du tricentenaire et créer un parc public à l’endroit où s’étaient déroulées les batailles de 1759 et de 1760. Laurier s’exprimait ainsi en Chambre:

La première idée, c’est d’avoir une célébration; la deuxième, c’est de faire l’acquisition le plus tôt possible de cette superficie de terrain, pour en faire à tout jamais une propriété nationale, administrée par nous et qui ne puisse être affectée à aucune autre fin .

En plus des contributions des divers gouvernements, la Commission peut compter sur la campagne de financement menée par le gouverneur général pour la création du parc des Champs-de-Bataille. Celui-ci s’efforce toujours de mettre à contribution les Canadiens comme le reste de l’Empire britannique. Il n’obtient cependant qu’un succès mitigé. Des deux millions espérés, il n’en recueille qu’environ le quart . Lord Grey doit donc renoncer à son Ange de la paix. Cette somme sera néanmoins très utile et contribuera favorablement à l’aménagement du parc. Quant aux célébrations entourant le tricentenaire, la Commission doit faire vite. Le lancement officiel doit avoir lieu quatre mois plus tard, soit lors de la visite du prince de Galles le 22 juillet.

À l’aube des célébrations, le temps et l’argent ne sont pas les seuls facteurs qui menacent le succès de l’événement. Plusieurs nationalistes mènent une campagne contre des fêtes qui, à leurs yeux, s’annoncent comme la commémoration de la conquête britannique plutôt que celle de la fondation de la ville. Le parc qui allait être créé visait à commémorer la victoire de Wolfe plus que l’œuvre de Champlain. Ce discours nationaliste a un impact important au sein de la population canadienne-française qui hésite à adhérer au projet. L’Église de même que certaines personnes bien en vue comme Thomas Chapais, historien et homme politique renommé, devront intervenir pour tempérer le discours radical de certains nationalistes. Il est dans l’intérêt de la ville et de ses habitants que les fêtes du tricentenaire de Québec soient un succès. Selon eux, Champlain, et non Wolfe, en sera la vedette. Aussi, un parc national est un cadeau que Québec ne peu refuser.

Finalement, les Canadiens français participent en grand nombre à l’événement qui, également, attire de nombreux visiteurs. Ils assistent aux spectacles de même qu’ils contribuent à leur façon en se déguisant et en décorant leurs résidences et leurs commerces. Les festivités, d’une durée de deux semaines, sont un succès. Le premier objectif de la Commission est atteint. Il reste maintenant à créer et à aménager le parc des Champs-de-bataille.

Acquisition des lieux et aménagement du parc

L’achat des terrains qui agrandiront l’espace restreint des plaines d’Abraham dans ses limites de 1908 se fera progressivement. D’est en ouest, la Commission doit acquérir:

  • les Cove Fields, qui appartiennent au ministère de la Milice (aujourd’hui Défense nationale);
  • certaines propriétés privées dont une vielle ferme du Séminaire de Québec de même qu’un lot enclavé dans cette ferme qui appartient aux Dominicains;
  • les terrains appartenant au gouvernement du Québec et sur lesquels est bâtie la prison;
  • ceux situés près du monument des Braves qui sont déjà subdivisés;
  • une partie du terrain appartenant aux Ursulines (Mérici) dans le but d’y tracer une avenue qui prolongerait la côte Gilmour en reliant le chemin Saint-Louis et l’Anse-au-Foulon (aujourd’hui rue De Laune).

Or, ces acquisitions ne se font pas sans difficultés: les négociations avec le gouvernement du Québec pour les terrains de la prison aboutissent en 1911, avec toutefois une réserve quant à l’édifice et une partie du terrain; devant l’impossibilité de s’entendre avec le Séminaire, les Dominicains et les propriétaires des terrains près du monument des Braves, la Commission doit avoir recours aux tribunaux; les négociations avec les Ursulines, qui débutent en 1912, traînent jusqu’en 1926; enfin, la Défense nationale ne consent à céder les Cove Fields qu’en 1928.

Parallèlement à l’acquisition des terrains, la Commission doit très tôt après sa création élaborer un plan d’aménagement pour le parc. Pour ce faire, elle confie en mai 1909 le mandat à l’architecte paysagiste Frederick G. Todd. Celui-ci propose créer un parc national en assurant la restauration et la conservation permanente de ce lieu historique tout en mettant en valeur sa beauté et ses splendeurs . L’idée de Todd est d’agir sur la nature pour en faire ressortir le meilleur et le plus beau. L’architecte paysagiste est comme un peintre qui réunit dans un tableau les plus beaux éléments pour créer un ensemble agréable à l’œil. Todd est en quelque sorte à la recherche de l’idéal . Son défi: comment marier harmonieusement l’espace et le temps, des lieux et leur histoire?

Le plan d’aménagement de Todd se divise en cinq grandes zones qu’il traite différemment selon leur nature et leur histoire:

  • La première couvre près de la moitié de la superficie du parc. Elle s’étend de l’enceinte fortifiée jusqu’à l’actuel édifice du Musée. L’architecte propose d’aménager une avenue le long des fortifications et des anciens retranchements en terre (ce que l’on nomme communément la citadelle temporaire). Cette avenue mènerait au haut du cap Diamant d’où la vue sur le parc et sur le fleuve est très impressionnante. Il propose également de mettre en valeur les tours Martello 1 et 2. Il suggère enfin de préserver le paysage naturelde cet espace: This portion of the park I have endeavoured to keep as natural and informal as possible, and at the same time have avoided planting trees, in order that it main remain as nearly as possible in the condition in which it was when the historic battles took place. In fact, the only planting which is suggested is here and there a tree or group of trees along the drives and walks, to break the monotony, and groups of trees massed along the outskirts or the park in order to screen out what may be objectionable private property .
  • La seconde zone correspond à l’ancien champ de course devant le Musée. Selon les plans, ce terrain demeurerait plat et pourrait continuer d’être utilisé pour servir aux défilés militaires, aux exercices physiques de même qu’aux spectacles. Todd prévoit aménager une terrasse sur le versant sud de la colline (aujourd’hui la terrasse Grey) où l’on planifiait d’ériger l’Ange de la paix souhaité par Lord Grey.
  • La troisième zone consiste en une bande de terrain qui relie le promontoire à l’Anse-au-Foulon: Considered from a landscape point of view this is a charming spot, with its gentle undulating topography extending to the steep cliff and open groves of lofty Pine and Elm, while historically it is of the greatest interest, as it was up this steep cliff in the shelter of the small point of land that the General Wolfe and his advance guard climbed and put to flight the small French post encamped at the head of the road leading up from the Cove, thus gaining the key to the Plains above .
  • La quatrième zone, située le long de la pente abrupte et de la falaise du versant sud (secteur de l’avenue Ontario) est l’espace que Todd désire laisser à l’état sauvage où les espèces indigènes pourront pousser librement. «Seuls quelques sentiers y seront aménagés de même que quelques clôtures pour protéger les promeneurs des endroits trop escarpés et dangereux
  • Enfin, la cinquième zone forme le parc des Braves, site de l’ancien moulin Dumont où ont eu lieu les plus âpres combats lors de la bataille de Sainte-Foy en 1760, remportée par l’armée française. Todd suggère de relier le parc des Braves aux plaines d’Abraham par une avenue (aujourd’hui l’avenue des Braves).

Plan d'aménagement des plaines

Le plan d’aménagement des plaines d’Abraham soumis par F.G. Todd en 1909. Il fallut cinquante ans pour le réaliser.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Le plan de Todd comprend également de multiples détails:

[Todd] veut retrouver le blockhaus construit par Murray en 1760. Il projette de signaler le puits où l’on a puisé l’eau à l’intention de Wolfe mourant. Les plans des belvédères et des monuments sont esquissés. Les canons sont disposés pour rappeler la valeur stratégique du site. La falaise sauvage côtoie les plantations régulières, tandis que les dénivellations s’entrecoupent et que les avenues en ovale se croisent .

L’architecte paysagiste dépose son rapport le 15 novembre 1909. Les commissaires sont séduits et l’adoptent sans tarder avec seulement quelques légères modifications. Une subvention du gouvernement fédéral de 100000$ est accordée pour débuter les travaux. Toutefois, ceux-ci avancent très lentement. D’abord, la phase d’acquisition des terrains est longue et difficile. De plus, les espaces convoités ne sont pas libres de bâtiments. Au contraire, on y trouve l’armurerie Ross et son laboratoire, la cartoucherie, un champ de tir, la prison, un observatoire astronomique, des maisons le long de l’avenue conduisant au monument Wolfe, un pavillon de patinage situé à l’endroit prévu pour l’entrée est du parc de même qu’un terrain de golf. Enfin, le contexte politique de la Première et de la Deuxième guerre mondiale ne facilite pas les choses. Tout compte fait, le plan d’aménagement de Todd prendra près de 50 ans à se réaliser . Celui-ci demeure néanmoins encore aujourd’hui la référence incontournable lors de la réalisation de travaux sur les Plaines.

Travaux dans le secteur

Travaux dans le secteur des Cove Fields en octobre 1936.

Source : Photo de W.B Edwards, Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

En cours d’aménagement, quelques événements viennent également modifier le plan original de Todd. Parmi eux, on compte notamment la construction du réservoir d’eau souterrain près de la tour Martello 1 de 1931 à 1933 suite à des négociations avec la ville de Québec. Cette transformation crée un espace plat qui contraste avec les ondulations du reste du parc. Un autre événement placera la Commission dans l’embarras. Séduite par les charmes de Québec, une artiste américaine et son mari offrent en cadeau une statue équestre de Jeanne d’Arc. Or, comment justifier la présence de l’héroïne française qui a combattu avec tant d’ardeur les Anglais sur un parc qui se veut au contraire un symbole du rapprochement entre Canadiens français et Canadiens anglais? Lors de l’inauguration officielle, le premier ministre intérimaire du Québec, Thomas Chapais, prend la parole au nom de la Commission et justifie le monument ainsi:

Patriotisme et vaillance! En d’autres termes, par le bronze et le granit, ce monument est la glorification de l’héroïsme, incarné dans une des plus rayonnantes figures de l’histoire. Or, l’héroïsme n’a-t-il pas tracé l’une de ses pages immortelles en ces lieux historiques? À quelques pas d’ici, il y a cent soixante dix-neuf ans, deux illustres guerriers versaient leur sang pour leurs patries, et par leur dévouement sublime, Wolfe et Montcalm, vainqueur et vaincu, entraient ensemble dans le Panthéon de l’histoire… Le voilà le lien qui relie les deux apothéoses, celle de Jeanne d’Arc et celle des deux héros de 1759 .

Pour mettre en valeur le monument, la Commission crée un jardin le long de l’avenue Laurier au milieu duquel trône la statue, jardin qui par sa forme octogonale allongée rappelle les jardins français, mais dont la densité et la variété horticole renvoient aux jardins anglais. Le jardin Jeanne-d’Arc est inauguré le 1er septembre 1938. 

La Commission des champs de bataille nationaux est encore aujourd’hui l’organisme qui administre le parc. Dans la foulée de ceux qui les ont précédés, tels Sir George Garneau, Lord Grey, Frederick G. Todd et de biens d’autres, ses commissaires et ses employés travaillent encore et toujours à la mise en valeur de l’un des plus beaux parcs urbains du monde: le parc des Champs-de-Bataille ou, si l’on préfère, les plaines d’Abraham. 

Biographies

Albert Henry George Grey, 4e comte de Grey

Lord Grey est né à Londres le 28 novembre 1851. Après avoir été élevé à la cour de St. James du fait de l’occupation de son père (secrétaire principal du prince Albert puis de la reine Victoria) et suite à ses études au Trinity College de Cambridge, ce jeune aristocrate s’intéresse notamment à la politique. Il est député aux Communes de 1880 à 1885. En 1904, le gouvernement d’Arthur James Balfour le nomme gouverneur général du Canada en remplacement de Lord Minto. Comme ce dernier s’était avéré très impopulaire auprès des Canadiens français, Lord Grey reçoit comme mandat de continuer à mener une politique impérialiste tout en tentant de rapprocher impérialistes et nationalistes dont le fossé s’était creusé à la suite de la guerre des Boers . Son implication dans l’organisation des fêtes du tricentenaire et dans la création d’un parc commémoratif illustre bien cette volonté.

Sir Albert Henry George Grey

Sir Albert Henry George Grey, gouverneur général du Canada de 1904 à 1911.

Source : Lord Grey (1851-1917), BAC

Avant même la création de la Commission des champs de bataille nationaux en mars 1908, Lord Grey prépare une campagne de financement qui aurait pour effet de donner une envergure impériale aux célébrations, ce qui soulève de nombreuses critiques de la part de nationalistes tels que Henri Bourassa. Même si les résultats de cette campagne sont assez décevants, il contribue tout de même grandement à influencer la philosophie des fêtes du tricentenaire. Tel que l’avait également voulu le premier ministre Laurier, la fête doit être rassembleuse en impliquant anglophones comme francophones, descendants des vainqueurs de 1759 comme des vaincus. Il s’agit pour Grey de réconcilier les deux peuples fondateurs dans une célébration de l’Empire.

Le gouverneur général reste en poste jusqu’en octobre 1911. Il mourra dans son domaine en 1917.

Sir George Garneau

Fils de Pierre Garneau, marchand et industriel prospère également maire de Québec entre 1870 et 1874, George Garneau est né en 1864. Ingénieur diplômé de l’école Polytechnique de Montréal en 1884, ce fils de libéral s’intéresse plus au monde des affaires qu’à la politique durant ses premières années de vie active. Ce n’est qu’au début du 20e siècle qu’il se laisse tenter par l’aventure politique.

Sir George Garneau

Sir George Garneau [Vers 1905].

Source: Ville de Québec

George Garneau entre dans ses nouvelles fonctions de maire le 1er mars 1906, soit à peu près à la même période durant laquelle la Société Saint-Jean-Baptiste décide d’appuyer le projet de Jean-Baptiste Chouinard concernant les célébrations du tricentenaire de la fondation de Québec. Seulement quelques mois après son entrée en poste, le nouveau maire accepte d’abord d’entendre puis d’appuyer le projet. Dès lors, s’amorce une période de négociation intense entre Garneau et ses homologues des autres paliers de gouvernement, c’est-à-dire le gouvernement provincial et le gouvernement fédéral. Ce rôle de leader l’amènera à être nommé par le premier ministre Laurier comme président de la Commission des champs de bataille nationaux créée en 1908 dont le premier mandat était d’organiser les fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec. Principal artisan du succès de cet événement commémoratif, il se voit conférer le 23 juillet 1908 des mains du Prince de Galles le titre de Knight Bachelor alors que le gouvernement français lui attribue la Légion d’honneur. Même s’il quitte son poste de maire le 1er mars 1910, Garneau dirigera la Commission jusqu’en 1939, marquant ainsi de son empreinte l’histoire de la Commission des champs de bataille nationaux et, pour ainsi dire, celle des plaines d’Abraham. Sir George Garneau meurt en 1944 et est enterré au cimetière Belmont.

Frederick G. Todd

«Né à Concord, au New Hampshire, en 1876, Frederick G. Todd acquiert sa formation à Boston, dans les bureaux de Frederick Law Olmstead, pionnier de l’architecture paysagiste et créateur du parc du Mont-Royal, à Montréal. […] Todd quitte Boston pour s’établir à Montréal en 1900. Il devient le premier architecte paysagiste du Canada.

Trois ans plus tard, il est engagé par la commission responsable de l’embellissement d’Ottawa pour effectuer une étude sur l’organisation des parcs de la capitale. En 1905, il propose à la ville de Montréal un plan pour réaménager le chalet, près du belvédère sur le mont Royal. Au moment de son engagement par la Commission des champs de bataille [nationaux], il travaille déjà à des projets de parcs un peu partout au Canada. En 1912, il réalise le parc Bowring, à Saint-Jean de Terre-Neuve. Au Québec, il crée, plus tard, des parcs à Valleyfield et à Granby.

En 1936, à l’époque de la Grande dépression, le gouvernement du Québec ordonne de grands travaux pour combattre le chômage. Todd crée ainsi le lac des Castors, sur le mont Royal, et réaménage le parc de l’île Sainte-Hélène. Il propose ensuite la création d’un immense centre sportif destiné à recevoir les Jeux olympiques, dans le parc Maisonneuve (aujourd’hui le Parc olympique).

Dès le début de sa carrière, Todd s’est aussi fait connaître comme urbaniste: en 1908, il travaille aux plans de la ville de Point Grey, en Colombie-Britannique, mais on connaît surtout de lui la «ville modèle» dont il dessine le plan en 1938, et qui est devenue la ville de Mont-Royal. Enfin, entre 1945 et son décès en 1948, il réalise son dernier ouvrage, le jardin du Chemin de Croix, près de l’oratoire Saint-Joseph de Montréal

Frederick G. Todd

Frederick G. Todd, architecte paysagiste, concepteur du plan d’aménagement des plaines d’Abraham.

Source : Musée McCord.


Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel: un jardin romantique, dans Jacques Mathieu et Eugen Kedl dir., Les plaines d’Abraham: le culte de l’idéal, Sillery, Septentrion, 1993, p. 211.

H.V. Nelles, L’Histoire spectacle. Le cas du tricentenaire de Québec, Montréal, Boréal, 2003, p. 59.

H.V. Nelles, L’Histoire spectacle, p. 64-65.

H.V. Nelles, L’Histoire spectacle, p. 69-70.

H.V. Nelles, L’Histoire spectacle, p. 72.

Lord Grey projetait d’ériger l’Ange de la paix à l’endroit qui porte aujourd’hui son nom: la terrasse Grey.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p.213.

Il était politiquement important de démontrer que l’argent recueilli par souscription publique n’avait pas servi au financement des fêtes mais bien à l’acquisition et l’aménagement du parc des Champs-de-Bataille. Voir à cet effet H.V. Nelles, L’Histoire spectacle, p.415.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p.213.

Wilfrid Laurier s’adressant à la Chambre des communes le 3 mars 1908. Journaux de la Chambre des communes de la puissance du Canada, 4e session du 10e Parlement du Canada, session 1907-1908, p. 4560-4561.

H.V. Nelles, L’Histoire spectacle, p. 414-415.

Frederick G. Todd, Report from Frederick G. Todd on the plans for the National Battlefield Park, deposé le 15 novembre 1909, p. 1. Rapport conservé dans les archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 218.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 216.

Frederick G. Todd, Report from Frederick G. Todd, p. 3.

Frederick G. Todd, Report from Frederick G. Todd, p. 4.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 221.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 224.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 218.

Thomas Chapais, discours tenu lors de l’inauguration du monument le 1er septembre 1938. Tiré de Jean Provencher, Jean Du Berger, Jacques Mathieu, «Le parc citoyen», dans Jacques Mathieu et Eugen Kedl dir., Les plaines d’Abraham: le culte de l’idéal, p. 266.

En 1899, lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre aux deux républiques indépendantes de Boers en Afrique du Sud, le secrétaire d’État aux colonies Joseph Chamberlain se tourne entre autres vers le Canada pour obtenir un soutien militaire. Or s’il apparaît normal pour les Canadiens anglais de s’impliquer auprès de la mère patrie, les nationalistes francophones, menés à cette époque par Henri Bourassa, pensent au contraire que le Canada doit demeurer autonome et que les conflits de la Grande-Bretagne ne le concerne pas.

Biographie tirée intégralement de Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel, p. 218.


Patrimoine bâti

Observatoire

Pour s’orienter en mer, une des données essentielles que les marins doivent connaître est l’heure exacte. Or, avant le développement des télécommunications et des instruments modernes de navigation, ceux-ci devaient se fier aux observations astronomiques pour la déterminer avec le plus de précision possible. À Québec, dans le but d’aider les nombreux navigateurs qui visitent le port chaque année, on construit en 1850 un observatoire astronomique à la Citadelle. Terminé en 1854-1855, la direction en est donnée au lieutenant Edward David Ashe qui y poursuit ses travaux jusqu’en 1864.

Pour indiquer l’heure, on utilise une boule chronométrique (time ball), dispositif fonctionnel à partir de 1852. Située bien en vue sur le toit de l’observatoire, la boule est hissée au sommet de la tour à 12h55, signifiant aux observateurs de se préparer à ajuster leurs montres. À 13h00 très exactement, on laisse tomber la boule. Chaque jour durant la saison de navigation, exception faite des dimanches, c’est ainsi que la population et les navigateurs peuvent connaître l’heure juste.

C’est à compter de 1864 que les observations astronomiques se transportent en partie sur les Plaines. L’observatoire se dote d’un télescope équatorial et l’installe dans une tour surmontée d’un dôme. Cette tour est située sur un terrain occupé par la ferme Bonner, près du lieu où se trouvent actuellement le kiosque Edwin-Bélanger et la fontaine du Centenaire. Les travaux qui y ont été menés ont notamment permis au commandant Ashe d’observer et de photographier des éclipses et des taches solaires .

Observatoire

L’Observatoire, au moment où le tracé des avenues du parc est commencé.

Source : Archives de la ville de Québec.

Après la Confédération, l’observatoire de Québec passe sous l’autorité du ministère de la Marine et des Pêcheries (Department of Marine and Fisheries). En 1873 et 1874, le reste des équipements est transporté sur les Plaines, à l’endroit où se trouve, depuis 1864, le télescope. La boule chronométrique demeure néanmoins à la Citadelle, afin d’être visible du port. Celle-ci est dorénavant actionnée à distance depuis l’observatoire des Plaines.

En plus de l’équipement, le directeur de l’observatoire se déplace également sur les Plaines. Le Commandant Ashe emménage avec sa famille dans une résidence annexée à la tour d’observation. Après sa mort, son fils, William Ashe, prend la relève et occupe le poste de directeur de l’observatoire astronomique de Québec de 1886 jusqu’à son décès en 1893. En 1894, il est remplacé par Arthur Smith qui habite à son tour la résidence jusqu’en 1930.

Au début du 20e siècle, grâce au développement des télécommunications et des moyens de transport, la navigation dépend moins des observations astronomiques. Dès lors, la météorologie prend le dessus dans le travail du directeur de l’observatoire . Après la retraite d’Arthur Smith en 1930, l’observatoire devient une station météorologique. Elle sera dirigée par Maurice Royer qui, comme ses prédécesseurs, habitera avec sa famille la résidence attenante à la station.

L’observatoire est démoli en 1936 et une partie des instruments sont cédés au Collège des Jésuites. La station météorologique est déménagée au coin des rues Laurier et Taché (près de la tour Martello 2) et y demeure jusqu’en 1954, soit lorsque le service météo est confié à l’aéroport.

La tradition scientifique sur les Plaines se poursuit lorsque, au début des années 1940, la Société Royale d’Astronomie du Canada (Centre de Québec), avec la collaboration de la Commission des champs de bataille nationaux, installe un observatoire surmonté d’une coupole sur la tour Martello 1. Ouvert au public, il accueille quelque 14000 visiteurs au cours de la décennie . Cette mission de vulgarisation se poursuivra jusqu’en 1962 avant d’être relancée en 1994, mais cette fois à la tour Martello 2. On y offrira des activités grand public de même qu’on y tiendra une exposition.

Enfin, à l’été 1987, dans le but de commémorer l’observatoire et la vocation scientifique des plaines d’Abraham, on inaugure un cadran solaire près de l’emplacement original de l’observatoire.

Cadran solaire

Cadran solaire.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Prison - 1867-1970

Au milieu du 19e siècle, la prison de Québec située à l’intérieur des murs de la ville (l’actuel Morrin Center) ne répond plus aux besoins des autorités. Ces dernières décident donc d’en ériger une nouvelle sur les plaines d’Abraham en septembre 1861. Les plans de l’architecte et ingénieur Charles-Philippe-Ferdinand Baillairgé (1826-1906) en font la première prison au Canada construite en accord avec les principes de salubrité et les théories les plus récentes sur les systèmes pénitentiaires .

C’est en 1867 que la prison accueille ses premiers occupants. Jusqu’au début des années 1930, elle héberge autant les hommes que les femmes. Ces dernières sont transférées à la maison Gomin, située à Sainte-Foy, en 1931. Au total, la prison compte lors de son ouverture 138 cellules, réparties dans deux ailes . L’été, les détenus travaillent dans une ferme attenante à la prison.

À gauche, l’Observatoire; à droite, la prison

L’état du parc avant son aménagement, 1907; à gauche, l’Observatoire; à droite, la prison.

Source : BAC.

En dépit de sa conception d’avant-garde, la prison gêne les plans d’aménagement de l’architecte Frederick Todd. En 1909, il recommande la démolition de ce bâtiment austère qui cadre mal avec la vocation récréative que l’on veut donner à l’endroit. On n’acquiescera jamais à sa demande, mais en 1911, le gouvernement du Québec consent à céder à la Commission des champs de bataille nationaux une partie du terrain entourant le site .

La prison accueille ses derniers occupants en 1967 et est désaffectée en 1970. Elle devient, pour quelque temps au début des années 1970, la «Petite Bastille», c’est-à-dire une auberge pour les jeunes . Partie intégrante du Musée nationale des beaux-arts du Québec depuis les années 1980, la prison prend le nom de Pavillon Charles-Baillairgé et abrite des expositions du musée. L’édifice est classé monument historique en 1997 par le gouvernement du Québec.

Pavillon des patineurs (Quebec Skating Rink) - 1891-1918

À partir de 1877, le Quebec Skating Club opère une patinoire du côté nord de la Grande Allée, juste à l’extérieur des remparts. Or, lors de la construction du Parlement, ce club doit déménager parce que l’édifice vient contrecarrer les plans d’aménagement de la colline parlementaire. En 1891, on construit donc le pavillon des patineurs (Quebec Skating Rink) de l’autre côté de la Grande Allée, dans les limites actuelles des plaines d’Abraham, soit où s’élève aujourd’hui la Croix du sacrifice.

Le club de hockey de la ville, les Bulldogs, jouent plusieurs de leurs matchs sur cette patinoire. L’équipe y remporte d’ailleurs la coupe Stanley en 1911-1912 et 1912-1913. Le pavillon sert également aux étudiants de l’Université Laval et aux clubs des ligues intermédiaire et junior. Pendant la saison estivale, l’édifice sert de centre de foire et d’expositions.

Lors de la création du parc des Champs-de-Bataille en 1908, l’avenir du pavillon des patineurs est remis en cause. C’est en effet à cet endroit que l’on compte aménager l’entrée principale du parc. Après des négociations infructueuses, le club conserve le terrain. Le bâtiment est détruit par les flammes en 1918, mais la Commission n’acquiert le terrain qu’en 1933.

Le pavillon des patineurs

Le pavillon des patineurs s’élevait là où F.G. Todd avait prévu aménager l’entrée principale des plaines d’Abraham.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Arsenal – 1884-1938

En 1879, une cartoucherie est construite par le gouvernement fédéral à l’intérieur des murs de la ville. Or, à cause des risques d’explosion, une partie des ateliers est déménagée au pied de la Citadelle en 1884, sur le terrain appelé à l’époque Cove Fields. La cartoucherie est composée d’une série de bâtiments en bois entourés de palissades et isolés les uns des autres par des remparts de terres afin de limiter les dégâts en cas de conflagration. Un champ de tir est également aménagé de façon à contrôler la qualité des munitions. Comme les Cove Fields sont appelés à faire partie du parc des Champs-de-Bataille, celui-ci est déplacé dans le quartier Saint-Sauveur en 1912.

En 1885, c’est la cartoucherie de Québec qui produit les munitions qu’utilise l’armée qui combat les Métis dans l’ouest. À cette époque, la production, qui dépend principalement du travail des femmes, atteint jusqu’à 1,5 millions de cartouches en deux mois . En 1901, la Cartoucherie de Québec change de nom pour devenir l’Arsenal fédéral. Durant la Première Guerre mondiale, l’Arsenal emploie jusqu’à 900 personnes.

Tout comme la prison, la patinoire et les vestiges de la Ross Rifle Co, l’Arsenal nuit au projet d’aménagement du parc des Champs-de-Bataille. La Commission des champs de bataille nationaux réclame les Cove Fields et bien que les bâtiments de l’Arsenal soient devenues désuètes au fil du temps, elles ne seront démolies qu’en 1939, soit au moment où l’on transfert la production de cartouches à la base militaire de Valcartier.

Le laboratoire de l’Arsenal sur les plaines d’Abraham; au fond à droite, le pavillon des patineurs

Le laboratoire de l'Arsenal sur les plaines d'Abraham.

Source : BAC.

Ross Rifle Factory – 1902-1931

En 1902, l’industriel d’origine écossaise Charles Ross établit une manufacture sur les plaines d’Abraham, située à l’endroit où se trouve aujourd’hui le réservoir d’eau, près de la tour Martello no 1. Il y produit des milliers de carabines, qui équipent les soldats de l’armée canadienne jusqu’au début de la Première Guerre mondiale. La carabine Ross est retirée du service en 1916. Bien que réputées très précises, elles pouvaient occasionnellement se bloquer et exploser au visage des soldats.

En 1917, la compagnie Ross est expropriée par le gouvernement fédéral et cesse ses activités. Après la fermeture de l’usine sur les Plaines, on tente de reconvertir la manufacture, mais sans succès. En 1928, la Commission des champs de bataille nationaux obtient les terrains du ministère de la défense et de la Ross Rifle Co. (les Cove Fields), mais doit attendre que l’armée relocalise ses activités ailleurs avant de démolir les bâtiments. Encore dans les années 1930, ceux-ci servent de magasins militaires. Ils sont détruits pour faire place au réservoir d’eau de la ville de Québec en 1931.

Ross Rifle

L’armurerie Ross, en plein cœur des Cove Fields, 1925.

Source : Archives de la ville de Québec.

L’armurerie Ross, intérieure

Vue intérieure de l’armurerie Ross, vers 1905.

Source : BAC.

Réservoir municipal – 1931-1933

En 1930, le conseil de ville de Québec et la Commission des champs de bataille nationaux pressent le gouvernement fédéral de démolir ou de déménager ce qui reste de la manufacture de la Ross Rifle Co., maintenant utilisée comme magasins militaires, afin que puisse commencer la construction d’un réservoir d’eau potable. En plus d’améliorer le système d’aqueduc et la protection contre les incendies, le projet s’inscrit dans le cadre de vastes chantiers entrepris par les municipalités pour fournir du travail aux nombreux chômeurs frappés par la crise économique des années 1930. Il semble d’ailleurs que pour s’assurer que le chantier donne du travail au plus grand nombre de personnes possible, «la Ville avait exigé que tout le creusage se fasse manuellement… à la pelle» . La Commission des champs de bataille nationaux, quant à elle, exige que le réservoir ne vienne pas dénaturer le parc.

Le réservoir est construit entre 1931 et 1933. Enfoui à deux mètres sous la surface des Plaines, il contient environ 136 millions de litres d’eau . Situé sur un des points les plus élevés de Québec, il fournit en eau potable les quartiers Saint-Roch, Saint-Sauveur, Champlain, et une partie de Saint-Jean-Baptiste et Limoilou . Sa voûte est supportée par quelque 900 colonnes et surmontée d’une vingtaine de bouches d’aération camouflées par des bosquets d’arbustes.

Réservoir municipal

La construction du réservoir municipal, 1932.

Source : Photo de W.B Edwards, Archives de la ville de Québec.

Musée national des beaux-arts du Québec – 1933

Avant même la création du parc, on avait émis l’idée de construire un musée sur les Plaines dans le cadre du programme des fêtes du tricentenaire . L’idée demeure lettre morte jusqu’en 1922, lorsque le gouvernement provincial exprime son intention d’ériger un musée sur les Plaines, près de la prison, sur un terrain appartenant en partie à la Commission depuis 1911.

Les plans de l’architecte Wilfrid Lacroix, proposant un édifice de style «beaux-arts», sont retenus. Le «Musée de la province» ouvre ses portes en 1933. Il abrite alors les Archives du Québec, des collections de sciences naturelles et de beaux-arts. En 1961, le Musée prend le nom de «Musée du Québec». En 1979, les archives sont transférées sur le campus de l’Université Laval et, à partir de 1983, sa collection est uniquement composée d’œuvres d’art. En 1989-1991, la prison est restaurée et fait partie intégrante du musée. En 1991 s’y ajoute le Grand Hall faisant la liaison entre le pavillon Gérard-Morisset et Charles-Baillairgé. En 2002, le musée change une fois de plus de nom pour devenir le Musée national des beaux-arts du Québec .

Huttes militaires; camp de prisonniers; faubourg de la misère – 1940-1952

La déclaration de guerre de 1939 sonne la fin des grands travaux dans le parc. Au même moment, les autorités militaires érigent sur les Cove Fields des baraques, soit une quarantaine de bâtiments destinés à loger des militaires en attente de leur transport vers Halifax puis vers le front d’Europe. Toutefois ces baraques sont rapidement réquisitionnées par l’armée britannique qui souhaite y implanter un camp de prisonniers de guerre allemands. De 1940 à 1946, le Canada recevra 35 000 prisonniers allemands répartis dans une vingtaine de camps, ce qui constitue un des aspects méconnus de la participation canadienne à ce conflit.

Celui des Plaines, nommé camp L ou camp Cove Fields ouvre en juillet 1940 et loge 793 individus. Ces internés sont en majorité des civils allemands, pour la plupart des Juifs, qui s’étaient réfugiés en Angleterre, mais dont le gouvernement se méfiait. Le camp loge également 90 prisonniers de guerre, soit des aviateurs et des marins allemands.

Le camp L ne sera ouvert que 3 mois, car il ne rencontre aucune des normes en vigueur en matière de sécurité : situé près de la ville, les civils et même des touristes peuvent s’en approcher, des notes ont même été échangées entre des civils et des prisonniers. Les mesures de sécurité étaient très minces et une évasion massive aurait été possible. Le camp était entouré d’une clôture surmontée de fils barbelés mais facile à escalader. Aucun projecteur ne permettait d’éclairer le camp le soir venu. Les gardiens étaient mal armés et mal entraînés. La  garde du camp était assurée par le régiment de Trois-Rivières, composé de 11 officiers et de 172 militaires de divers grades. Un corps de garde comptait 23 militaires, dont 7 sentinelles. Les journées y étaient très longues, car il n’y avait aucun travail à faire pour les internés. C’est à l’automne 1940 que le camp L ferme ses portes et les prisonniers sont relocalisés dans d’autres camps. Les baraques retrouvent leur vocation première, soit le logement des militaires canadiens.

En 1945, la ville fait face à une grave pénurie de logements et de nombreux ménages se retrouvent à la rue. Avec la permission du gouvernement fédéral, la ville loue une vingtaine de baraques pour y loger temporairement quelques familles, dont une quarantaine y vivent à l’automne 1945. L’année suivante, on y installe une école et une chapelle. La population de ce qui est connu comme le «faubourg de la misère» croît régulièrement et vit dans un état de délabrement qui contraste avec la vocation du parc. Les autorités font toutefois face à un dilemme: d’une part, on cherche à faire disparaître ces baraques qui défigurent les Plaines et qui répugnent les touristes; d’autre part, il n’est pas charitable de jeter ces familles à la rue de nouveau. Peu à peu la ville trouve à reloger les familles et, en 1949, la Commission peut éliminer les bâtiments au fur et à mesure de leur évacuation. L’année suivante, une coopérative d’habitation organise la relocalisation des habitants vers d’autres quartiers. Certaines baraques sont démolies et les matériaux servent à la construction d’autres maisons, près de l’église Notre-Dame-de-la-Garde. Les derniers occupants du «faubourg de la misère» sont sommés de quitter les lieux au plus tard le 1er mai 1951.

Baraques militaires

Les baraques militaires devenues le village des pauvres sur les plaines d’Abraham entre 1945 et 1952.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Serres

En 1915, l’architecte paysagiste Frederick G. Todd soumet un croquis et un plan à la Commission dans le but de construire des serres:

[…] the Commission will be better able to raise the different varieties and quantities of flowers required for the ornamentation of the Park and have these whenever they are needed – flowers cannot very well be supplied by florists in large quantities at a low price at any time – and further that a greenhouse will ensure the raising of healthy stock and avoid the costs and risks of transportation of the plants .

Une première serre est construite dès 1916-1917. En 1917, on en double la longueur . En 1938, une nouvelle serre, plus petite que la première, et un bureau, sont construits au nord des premiers édifices.

Les serres de la Commission font pousser quelques 45 000 plantes réparties en 150 variétés parmi lesquels on trouve notamment le bégonia tubéreux, les tagètes, le dianthus, le pétunia, l’ageratum et l’alyssum. À cela s’ajoute des variétés que les horticulteurs s’efforcent de faire au public.

Serres

Les serres des plaines d’Abraham.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Ateliers

En 1912, quelques remises sont construites pour faciliter l’entretien du parc. En 1918, le Surintendant propose la construction de bâtiments de service répartis dans le parc, dont certains seront construits à côté des serres. Mais ce n’est qu’une solution temporaire et moins de dix ans plus tard, en 1927, on construit l’édifice actuel qui remplit la fonction de garage, d’entrepôt et d’atelier. Depuis, les ateliers ont été rénovés et modernisés pour s’adapter aux outillages modernes permettant ainsi l’entretien d’une très grande partie des biens mobiliers, immobiliers et infrastructures des plaines d’Abraham.

390, de Bernières

En 1909, soit l’année suivant sa création, la Commission des champs de bataille nationaux loue le deuxième étage d’une maison sur la rue Cook pour y installer ses bureaux. Devant l’impossibilité de renouveler le bail en 1924, celle-ci déménage au 5e étage du 71 rue St-Pierre. Dans les années 1940, l’administration du parc déménage au 390, rue de Bernière, près de la tour Martello No 2. L’édifice, construit en 1940, dont les murs sont parés de pierre, est flanqué d’une tourelle et son toit est recouvert de cuivre. Il est rénové en 1982 et en 1984. En 1987, le rez-de-chaussée est aménagé en Centre d’accueil et d’interprétation. Aujourd’hui, l’édifice sert exclusivement aux services administratifs et financiers du parc.

Services administratifs et financiers

Les services administratifs et financiers de la Commission des champs de bataille nationaux sont logés au 390, de Bernières.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Pavillon

En plein cœur du parc, à proximité du kiosque Edwin-Bélanger, de la fontaine du Centenaire et du cadran solaire, se trouve le pavillon de service des Plaines. Construit en 1995, il répond aux besoins engendrés par l’augmentation des activités dans le secteur, notamment les spectacles présentés au kiosque d’Edwin Bélanger. Le pavillon intègre différents services: toilettes, rangement, relais de ski et restauration. Il loge aussi les services culturel et technique du parc.

Pavillon de service

Le pavillon de service des plaines d’Abraham.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Kiosque Edwin-Bélanger  

La construction du kiosque débute à l’automne 1992 et il est inauguré l’année suivante. En plein cœur des Plaines, le kiosque est une scène permanente où sont présentés des spectacles orientés autour de quatre thèmes: jazz, blues, chansons populaires et rythmes du monde. De juin à août, plus d’une trentaine de concerts attirent entre 50000 et 60000 visiteurs, soit plus d’un millier de spectateurs par concert.

Le kiosque est nommé en l’honneur d’Edwin Bélanger (1910-2005). Violoniste, chef d'orchestre et musicien, il est un des fondateurs du Cercle philharmonique de Québec en 1935. De 1937 à 1961, il dirige la musique du Royal 22e Régiment. En outre, il est directeur artistique de l’orchestre symphonique de Québec de 1942 à 1951 .

Kiosque Edwin-Bélanger

Le kiosque Edwin-Bélanger.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux.

Musée des plaines d'Abraham

Cet édifice est construit en 1938-1939 par le ministère de la Défense nationale afin de loger le service de l’inspection des munitions de l’Arsenal fédéral jusqu’après la Deuxième Guerre mondiale. À partir de mai 1947, le service y cohabite avec la Marine royale canadienne, qui finira par occuper tout le bâtiment.

Le bâtiment prendra le nom de la division locale de la réserve navale: le NCSM Montcalm (Navire canadien de Sa Majesté). La Réserve navale du Canada, créée en 1923, regroupe des volontaires désirant s’initier au service à bord des navires et qui sont rattachés à des bases terrestres portant le titre NCSM.

Situé à deux pas de la Grande Allée et du manège militaire, l’édifice est l’œuvre des architectes québécois Ludger Robitaille et Gabriel Desmeules. L’immeuble s’harmonise avec le manège militaire, conçu en 1887 par Eugène-Étienne Taché, et s’inspire de l’architecture des châteaux de la Loire. Le 5 mars 1992, le bureau d’examen des édifices fédéraux du patrimoine recommande que l’édifice soit classé monument historique.

En 1995, la Réserve navale déménage au Vieux Port de Québec et la Commission des champs de bataille nationaux obtient la gestion de l’édifice le 28 mai 1996. Au printemps 1998, la Commission inaugure la Maison de la découverte pour mieux faire connaître toute la richesse des Plaines. En 2014, à l'occasion du 75e anniversaire du bâtiment, une nouvelle appellation lui est donnée. Il devient alors le Musée des plaines d'Abraham. Outre ses expositions permanentes, l'édifice offre plusieurs services : accueil, information, toilettes, réseau Internet sans fil, départs de circuits en saison et boutique de souvenirs.

Suni

Le Musée des plaines d'Abraham.

Source : Archives de la Commission des champs de bataille nationaux


Paulette Smith-Roy, L’observatoire astronomique de Québec, 1850-1936, Québec, Commission des champs de bataille nationaux, 1983, p. 15.

Paulette Smith-Roy, L’observatoire astronomique, p. 27.

Archives de la Commission des champs de bataille nationaux, Paul-H. Nadeau, Mémoire à la Commission des champs de bataille nationaux, Québec, Société Royale d’Astronomie du Canada, Centre de Québec, 15 novembre 1951.

Lucie K. Morisset, Le Musée du Québec: trois architectures, Québec, [s.n.], 1991, p. 26.

Suzanne Bernier, Concept de mise en valeur de l’ancienne prison de Québec (Édifice Baillairgé), Québec, Direction du patrimoine, 1989, p. 42.

Claude Paulette et Jacques Mathieu, Le parc naturel: un jardin romantique, dans Jacques Mathieu et Eugen Kedl dir., Les plaines d’Abraham: le culte de l’idéal, Sillery, Septentrion, 1993, p. 237.                                                                             

La prison des Plaines d’Abraham, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1978, p. 14.

Gouvernement du Québec, Ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Répertoire du patrimoine culturel, [http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.cahttp://thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&Params=Q1ARTQ0000255], (23 novembre 2007).